"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

vendredi 31 octobre 2008

Frère Joseph/Ambroise: Vietchnaya Pamiat'!

Sur le blog du moinillon:














C'est aujourd'hui la date anniversaire du martyre de José, assassiné à Athènes il y a 11 ans. La nuit d'une des fêtes païennes de notre temps. 
Mémoire éternelle au serviteur de Dieu Joseph !

Sainte Pharaïlde



Reliquaire buste de sainte Pharaïlde

Sainte Pharaïlde ( appelée aussi Vérylde ou Sinte Veerle en Flamand) eut pour parents Théodoric, Duc de Lotharingie et sainte Amalberge, nièce du Prince Pépin. Sainte Gertrude higoumène de Nivelles sa parente, la présenta sur les fonts baptismaux et l'éduqua dans la piété et la vertu. Ainsi dès sa prime jeunesse, sous un tel patronage, notre sainte manifesta une grande disposition d'âme et une grande perfection sur le chemin du Ciel.
On dit qu'elle fit surgir une source à Bruay dans le Nord de la France, pour abreuver les travailleurs des champs et que cette source guérissait les fièvres des enfants. Cette chaste vierge désirait ne point se marier et se consacrer à Jésus-Christ son Epoux Céleste, mais son père et sa mère la voulurent marier. Elle obéit à ses parents, mais resta vierge jusques dans les liens du mariage. Elle allait souvent visiter les églises la nuit pour y prier. Elle fut maltraitée par son époux et supporta patiemment ses colères et ses violences jusqu'a ce que Dieu l'en délivrât.
Elle naquit au ciel à l'âge de nonante ans. Agilfride, hiérarque  de Liège et higoumène de Saint Bavon transféra son corps de Lotharingie à Gand en 754. Lorsque les Normands envahirent la région, il s'enfuit avec les précieuses reliques de sainte Pharaïlde et de saint Bavon. Ces reliques revinrent ensuite à Gand.
On la représente souvent avec à ses pieds ou dans ses mains un oiseau. Cela fait allusion à l'épisode de l'oiseau mort ( une oie) qu'elle trouva dans un champ et auquel elle rendit la vie. Comme le dit un hagiographe du XIXème siècle, " Si la douce vierge a été si miséricordieuse envers les [...] oiseaux du ciel, que ne devons-nous pas attendre de sa bonté, nous qui, comme elle, sommes [... ] orthodoxes?
C.L.-G.

Source de la photo du reliquaire:

Monastère de Goritsy-Kirilof ( Russie

jeudi 30 octobre 2008

Saint Jean ( Maximovitch): Archimandrite Thomas




Vladyka Ioann

Saint Archevêque Jean

Réjouis-toi, Saint Hiérarque Jean,
toi qui allas vers tous les méprisés,
et tous les ignorés,
toi qui t’es approché
des enfants abandonnés et délaissés
pour les accueillir
et leur offrir ta protection.


Très chers frères et sœurs,

Parler du Père Jean semble facile pour autant que l’on n’entre pas dans le détail des évènements de sa vie, car les actions miraculeuses et les lignes forces de sa passion évangélique et christologique étaient caractéristiques de sa vie unique et resplendissante. Mais combien difficile est-il, par contre, de s’efforcer de s’approcher de la profondeur exceptionnelle et de la ténacité inégalée qu’il déployait dans ses activités.

Pour la petite histoire il est toujours agréable de rappeler l’irritation de la noblesse, qui n’hésitait pas à s’adresser à la hiérarchie ecclésiale pour ordonner à ce « va-nu-pieds » d’évêque, de se chausser. Dans la plus parfaite obéissance Vladika accepta les chaussures qu’on lui offrit pour les emporter sous ses bras, déclenchant ainsi l’hilarité de certains mais surtout l’irascibilité d’autres qui n’y comprenaient rien.

Tout aussi plaisante est l’histoire de l’invitation à dîner qu’il avait reçue et où il avait été placé en tête de table, près de l’épouse de l’hôte qui s’était ornée les lèvres du rouge le plus flamboyant, alors qu’il était bien connu que Vladika avait une sainte horreur du rouge à lèvre. Il feignit ne pas réagir à cet éblouissant spectacle coloré mais au moment où la soupe fut servie, il la porta à sa bouche et la versa sur ses lèvres d’où elle dégoulinait dans sa barbe, la décorant ainsi de vermicelles. Soudain, la dame comprit la raison du comportement étrange de l’évêque et s’empressa, aussitôt, d’essuyer son rouge à lèvre, sur quoi l’évêque poursuivit normalement son repas.

Il n’avait nullement l’intention de se rendre intéressant, ce qu’il faisait, en revanche, c’était de rendre l’assistance attentive à l’importance de vivre sa vie en Christ ; il voulait être un véritable évêque, un berger pour son troupeau, un père pour ses prêtres, un successeur et épigone du Christ, le Bon Pasteur. Et nous savons tous que Vladika Jean fut cet évêque, une icône en chair et en os de son Maître.

Après son sacre, dans sa première homélie comme évêque, il témoigna en paroles de ce qu’il ferait, magistralement, en actes plus tard : il aspirait à se donner à sa tâche corps et âme, afin de, pour reprendre ses propres paroles, achever la mission du Christ : Le Christ est descendu sur la terre pour rétablir en l’homme l’icône de Dieu qui avait été dénaturée ; pour appeler les hommes afin de les ramener à l’unité. Il appartient au berger de renouveler et d’éclairer les hommes. Que peut-il y avoir de plus grand que de recréer la Création de Dieu ? Que peut-on offrir de mieux à son prochain que la préparation à la vie éternelle ? C’est de cela, précisément, qu’il avait fait sa mission : ouvrir à tous les portes du Royaume de Dieu, sans distinction de race, de couleur ou de langue, en disant : Pénétré de l’universalité de l’Eglise, le soin du berger ne saurait se limiter aux seules brebis qui lui ont été confiées, mais il doit porter les yeux de son cœur sur la totalité de l’Eglise du Christ.

Vladika Jean n’appréciait pas le luxe, ni la pompe ni l’éclat. Jamais il ne s’y était associé en donnant pompeusement des ordres depuis les hauteurs de son trône épiscopal. Jamais il ne cherchait à se faire remarquer ou à impressionner, il s’opposait violemment à pareil comportement. Il avait en horreur ceux qui jouent la comédie et il ne supportait pas les ecclésiastiques paradant à l’autel. La vanité dont un éventuel évêque ou archimandrite pouvait se rendre coupable déclenchait inévitablement une réaction ferme de la part de Vladika Jean. Dans ce contexte, le récit cocasse suivant est d’ailleurs bien connu : un évêque que je ne nommerai pas était tellement fier de sa nouvelle mitre que Vladika se rua sur lui et la lui enfonça de ses deux mains jusqu’au narines… la petite taille de Vladika et l’imposante stature de ce grand évêque ne faisait qu’ajouter au tableau… L’évêque était ainsi obligé de continuer à célébrer l’office à l’autel littéralement à « l’aveuglette », aveuglé qu’il était de vanité. Pour Vladika Jean, il n’y avait pas de place pour les honneurs humains ou l’orgueil à l’autel où l’on servait Dieu. Il était toujours et partout un serviteur de Dieu et le vivait humblement tous les instants de sa vie. C’est précisément cela qu’il cherchait à enseigner à tous les chrétiens, et en premier aux prêtres, car tous ceux qui se trouvaient, se trouvent ou se trouveront devant l’autel du Christ s’y trouvent en Son Nom et non en leur nom.

Il abhorrait tout signe d’autorité et défendait l’orthodoxie vraie telle qu’il l’avait pratiquée et vue pratiquée, et voulait transmettre ce savoir à tous ceux qu’il rencontrait, où que ce soit, dans tous pays ou régions, partout où il passait. Il définissait sa mission à Shanghai ainsi : «C’est pour cela qu’on m’envoie en Orient, dans les contrées dites du soleil levant, mais qui ont surtout besoin du rayonnement spirituel du Soleil de Justice. » Annoncer le Christ en paroles, et humblement le prendre en exemple dans ses propres agissements étaient son but, sa mission sur terre. Rien ni personne ne pouvaient l’en détourner

Le Christianisme véritable ne se résume pas à des considérations intellectuelles mais doit être le cœur de la vie. Le Christ n’est pas descendu sur terre pour donner aux hommes des connaissances nouvelles, mais pour les appeler à une vie nouvelle. Son ascèse et sa vie de prière en étaient des exemples vivants et atteignaient une profondeur inimaginable selon les normes modernes. Vladika ne dormait jamais plus de deux heures par nuit, et jamais dans un lit, soit dans une chaise, soit à genoux devant les icônes. Le reste du temps il priait, car son cœur était tellement grand qu’il vivait la douleur ou la tristesse que les fidèles lui confiaient dans ses propres entrailles. Il n’est donc pas surprenant que Dieu l’ait glorifié par des signes extérieurs visibles. Pendant la proscomédie à laquelle il consacrait toujours énormément de temps, il lui arrivait d’être tellement pris par la prière qu’il s’élevait d’un demi mètre au dessus de la terre sans même qu’il ne s’en rendît compte. En célébrant la Divine Liturgie il lui arrivait souvent d’être illuminé de la lumière incréée à la plus grande stupéfaction de nombreux fidèles bien sûr.

Tout aussi remarquables étaient son amour pour l’homme et sa confiance en Dieu. 
Dans une allocution il disait : «Dans son souci du salut des âmes, un berger ne peut ignorer les inévitables besoins physiques de l’homme. Il ne devrait pas être permis de prêcher l’Evangile sans effectivement manifester de l’amour. »

Ce n’était pas parce qu’il était évêque qu’il aurait renoncé à se rendre dans les quartiers les plus mal famés et les ruelles les plus sombres de Shanghai pour aller à la recherche de bébés abandonnés dans les immondices, ou d’enfants handicapés ou mutilés rejetés de la société. Il les accueillait tous dans son cœur, et un grand nombre aussi dans son orphelinat. On pourrait même dire qu’il est miraculeux qu’il n’ait pas été assassiné dans ces endroits qui ne connaissaient pas le luxe de l’électricité ; en effet, c’étaient des endroits obscurs, au propre et au figuré, où se passaient des choses qui ne supportent de toute façon pas la lumière.

Peut-être pensait-on que ce petit homme courbé qui déambulait dans les rues de Shanghai était un pauvre petit évêque dépravé à la recherche de quelque bibelot qu’il vendrait pour avoir de l’argent avec lequel s’acheter de l’alcool ou de l’opium. Les prêtres de l’époque auront sans doute également trouvé ce comportement particulièrement choquant. Mais j’ai quand même beaucoup de peine à comprendre qu’il puisse y avoir eu des prêtres qui n’appréciaient pas leur évêque, pire même, qui voulaient sa mort. Mais comment se peut-il donc, que des personnes qui prétendent annoncer et expliquer l’Evangile à l’Eglise, se permettent, pendant la Nuit Pascale, d’ourdir des complots afin d’empoisonner Vladika Jean en mélangeant du poison au vin qu’il utiliserait pour nettoyer le calice, lui, qui était un Evangile vivant, mais en tous points identique à celui que ses détracteurs proclamaient pompeusement ?

Mais il s’attendait à ce genre d’avatars lorsqu’il disait : La tâche d’un berger n’est pas facile, car il doit lutter contre la nature de l’homme contaminée par le péché; souvent il se heurte à l’incompréhension, ou à l’opposition délibérée, voire à la haine de ceux qu’il aime et qu’il essaie de secourir. Le sens du sacrifice de soi, l’amour qu’il porte à son troupeau doivent être incommensurables.

Vivre réellement et foncièrement l’Evangile dans ces proportions radicales là, ne plaît sans doute pas trop à l’homme parce que cela le force à réfléchir et à méditer sur ses propres actes. Pareille introspection interpelle la conscience et suscite des interrogations et des défis que l’on préfère esquiver. Des déclarations grandiloquentes et ronflantes à propos du « multiculturalisme » et de « l’inter religiosité » ne lui étaient pas réservées. Seul comptait son amour chaleureux et cordial pour ceux qui étaient marqués par la vie ou ployaient sous la tristesse et l’échec. C’est à eux que s’adressaient toute son attention et ses soins, sans distinction de race, de couleur, de sexe, d’origine, ou de confession. Entendons ses propres paroles : Le berger doit sentir la douleur de ses brebis. Sa vie ne lui appartient pas, il doit être capable de subir toute vexation ou persécution, voire la mort, pour les guérir..

Quand Vladika Jean agissait, il le faisait dans la plus grande simplicité, comme simple serviteur de Dieu. Lorsqu’un jour il alla, au vu et au su de tout le monde, dans un grand hôpital de Shanghai, il s’y rendit d’abord, à la consternation générale, dans une chambre où une mère juive soignait son fils qui fut guéri par la prière de Vladika, sans qu’il ait tenu compte de la confession de cette personne. Pour Vladika Jean, toute personne, quelle qu’elle soit, était un enfant de Dieu et une icône du Christ. Là où régnait la misère, il était le premier arrivé pour apporter réconfort et consolation. L’Archevêque Jacques, de bienheureuse mémoire, racontait comment, lors du retour de Vladika Jean aux Etats-Unis après une tournée en Europe, il refusa obstinément de prendre la route de l’aéroport de Schiphol où l’avion était prêt pour le départ, pour aller, à la stupéfaction générale, au chevet d’un mourant inconnu dont il avait entendu intérieurement l’appel à l’aide. Le Père Adrien lui dit : « Vladika, vous allez rater l’avion ! » D’un mouvement brusque, il se retourna et répondit sèchement : « Est-ce que c’est vous qui assumerez les conséquences s’il devait mourir …? » Vladika s’est donc rendu à l’hôpital, a prié et entendu la confession du mourant. L’avion, toujours prêt pour le départ, n’a décollé que lorsque Vladika Jean s’était enregistré et était monté à bord.

Vladika Jean répondait aux besoins des hommes et ne permettait jamais que la moindre préoccupation sociale empêchât un prêtre de remplir ses fonctions ecclésiales. A son esprit étaient toujours présentes ces paroles de l’Ecriture Sainte : « Il ne convient pas que nous délaissions la parole de Dieu pour le service des tables. » ( Actes 6,2)

Très chers frères et sœurs, la vie de Vladika Jean est truffée de scènes miraculeuses qui faisaient et font encore toujours le tour du monde, même sur l’internet maintenant. Exemplaires et réputés étaient l’élan foncièrement chrétien et la passion évangélique de son parcours de vie : une vie d’humilité dans son amour énorme et à la fois noble pour Dieu, pour l’homme, et pour la vérité de la Foi Orthodoxe. N’est-il pas regrettable que ceux qui suivent son exemple soient si rares?
Archimandrite Thomas
( Publié avec la bénédiction de l'Archimandrite Thomas)

mercredi 29 octobre 2008

Tous les Saints de Gaule: Archimandrite Thomas

Tous les Saints de Gaule

Nous donc aussi,
puisque nous sommes environnés
d'une si grande nuée de témoins,
rejetons tout fardeau,
et le péché qui nous enveloppe si facilement,
et courons avec persévérance
dans la carrière qui nous est ouverte,
ayant les regards sur Jésus,
le chef et le consommateur de la foi.
(Hébreux 12, 1-2)


Très chers frères et sœurs,

Dans l’Eglise orthodoxe il est d’usage de célébrer la mémoire de tous les Saints du pays ou de la région dans laquelle on se trouve à l’occasion du deuxième dimanche après la Pentecôte. En Russie on fête les Saints russes, à l’Athos on célèbre les Saints athonites, et chez nous, nous commémorons les Saints qui ont vécu et de témoigner leur foi dans nos régions, c’est-à-dire en Gaule.

Je froisserai sans doute certaines personnes si je m’aventure à aborder un sujet de politique extrêmement délicat mais non moins actuel à l’occasion de cette fête que nous célébrons aujourd’hui. En effet, je me demande comment, dans notre monde tellement intellectuel, nous pouvons accepter une Charte de l’Europe dans laquelle le mot « chrétienté » est tout simplement banni. De par ce refus, nous jetons au rebut vingt siècles d’histoire et de progrès européens, vingt siècles marqués par une sainteté ardente qui a donné lieu à d’éblouissantes réalisations dans toutes nos régions. Une Europe qui renierait ses origines chrétiennes ne peut être qu’une ombre de ce qu’elle est véritablement, une sombre entité dépourvue d’âme.

Le Père Justin Popovitch, disciple de Saint Nicolas Vélimirovitch, qui, à son tour était confrère spirituel et admirateur indéfectible du Saint Archevêque Jean de Changaï, ne disait-il : « Que resterait-il d’un homme qui n’aurait plus d’âme dans son corps ? » Que reste-t-il d’une Europe dont on ôterait la présence de Dieu ? Il n’en resterait rien, l’Europe serait alors un corps sans vie. Lorsque notre Créateur se trouve évincé du monde ou d’un pays, la vie en est évincée aussi, et tous sont voués à la mort. L’homme qui renie son âme et celle du monde autour de lui, n’est qu’une pâte d’argile inerte artistiquement moulée. L’Européen, tant épris de matérialisme, se trouve réduit à pareille « chose matérielle » car il perd toute personnalité ; ce qui subsiste est un ‘homme objet’. Il n’est plus guère question d’un d’homme intègre, complet, immortel à l’image de Dieu ; ce qui subsiste sont de pauvres fragments d’homme, une pelure corporelle dont l’esprit immortel a été chassé. Voila ce que serait une Europe sans Dieu ; une machine de production en chaîne d’êtres qui rappelle l’œuvre magistrale de Charlie Chaplin « Les Temps Modernes. » Une Europe sans Dieu est une triste ruine froide et morte.

Très chers frères et sœurs, il en fut autrement à une époque donnée. Il fut un temps où nos régions étaient le fer de lance de l’évangélisation. Le Christ avait lui-même donné l’ordre à ses disciples d’aller annoncer au monde La Bonne Nouvelle et la réalité du Salut qu’avait réalisé le Christ après Sa mort sur la Croix et Sa Résurrection du tombeau. Investis de la force du Saint Esprit, ces prédicateurs vinrent en Gaule, comme s’appelaient nos pays à cette époque.

Nous n’avons donc pas reçu l’Evangile de troisième ou de quatrième main, mais bel et bien de première. Crescence, disciple de Paul et l’un des 70 apôtres dits mineurs, poussa jusqu’à Vienne en France. Dionysius l’Aréopagite, autre disciple de Paul est mort en martyre à Paris où il avait annoncé la vérité en Christ. « Ou bien Dieu souffre, ou bien le monde disparaît » disait-il à propos de la mort du Christ sur la Croix quand toute la terre trembla. L’on rapporte également la présence de Dionysius lors de la Dormition de la Mère de Dieu ainsi que de tous les apôtres qui s’étaient rassemblés depuis tous les confins du monde. C’est aussi lui qui nous a légué des explications détaillées sur nos actes liturgiques, et c’est toujours lui qui nous a emmené dans les empires célestes et nous y a montré l’agencement des ordres angéliques.

Saint Irénée de Lyon est le plus grand théologien qui ait vécu sur nos terres. Cette déclaration à l’emporte-pièce irritera sans doute certains, mais il n’en demeure pas moins que Saint Irénée a diffusé les préceptes de la théologie avec un détail et un brio incomparables et a rendu toutes les explications théologiques ultérieures semblable à une eau plate si on les compare au grand cru des siennes. Son œuvre «Contre les hérésies» est une lecture à recommander à quiconque s’intéresse à la théologie. Dès la deuxième partie il expose en maître passionné et avec une précision magistrale le sens véritable du Christianisme et ce qui le rend si unique. Il règle une bonne fois pour toutes, en termes inégalés et sans détours, le compte des palabres actuelles relatives à la « parabole d’Adam et de la création » et de toutes autres sornettes du même acabit. Il décortique et anéanti sans équivoque tous les arguments avancés, démonte sans merci les interprétations fallacieuses qui lui sont opposées, sans pour autant se rendre coupable d’interprétation et de prises de position personnelles. Il a tout simplement reformulé ce qu’il avait tiré de sources fiables et sûres. Il avait été disciple de Polycarpe, qui, à son tour avait été disciple de l’Evangéliste Jean et s’en était fait le porte parole : «Nous puisons à la sûre source que nous ont léguée les disciples, apôtres et prêtres, des temps anciens » !

Sa vision du premier homme est tout à fait extraordinaire. « Au moment de sa création, l’homme était comme un enfant qui devait encore grandir avant d’atteindre sa stature complète. » Il décrit l’homme comme un être naïf facile à induire en erreur. En revanche, « l’évolution » de l’homme semble avoir été d’une lenteur accablante, car il est devenu plus naïf encore. Après vingt siècles maintenant, la dite « science » arrive encore toujours à lui faire avaler ce qui cadre le mieux avec une culture sans Dieu.

Laissons résonner l’écho de ces ineffables paroles à nos oreilles : « Dieu est la gloire de l’homme, mais l’homme, à son tour, est le fruit de l’œuvre divine, de Sa sagesse et de Sa puissance. » L’homme n’est pas un descendant lointain du singe, mais il est l’œuvre unique de Dieu, Son chef d’œuvre, Sa créature, dans laquelle Il a manifesté tout Son Amour attentionné.

Plus loin, il dit : « Le Verbe de Dieu a vécu parmi les hommes, est devenu fils d’homme, afin d’accoutumer l’homme à comprendre Dieu et permettre à Dieu de venir prendre demeure en l’homme. » Car c’est bien cela l’objectif premier : Dieu veut prendre demeure dans l’homme.

Mais revenons-en à notre point de départ et reprenons quelques citations de Saint Irénée. « L’homme est un être vivant qui se compose d’une âme et d’un corps, et il faut, pour cette raison, tenir compte de ces deux composants… Le sens du service à Dieu s’estompe et s’efface lorsque le corps est contaminé par l’impureté. De même son intégrité / sa sincérité se ternissent et se perdent lorsque l’âme s’ouvre à l’errance. La piété intérieure ne peut sauvegarder sa beauté que si l’âme se maintient dans la vérité et si le corps se maintient dans la pureté. A quoi bon connaître la vérité en termes purement théoriques si nous avilissons notre corps par un comportement inadéquat ? A quoi bon un corps sain dont l’âme est étrangère à la vérité ? »

C’est pour cette raison qu’a précisément disparu de nos terres la sensibilité, la politesse et le respect dus à l’autre : la vérité, c-à-d le Christ, a été et demeure banni et rejeté du cœur et de l’esprit de l’homme européen. Est-ce par dégoût ou par honte que nous renions l’influence chrétienne dans notre histoire ?

Quoiqu’il en soit, en reniant cette influence prépondérante, nous reléguons loin de nos mémoires la réalité que plus de la moitié des réalisations de notre continent procèdent de l’inspiration donnée par Saint Martin de Tours. Son altruisme exemplaire et son éloquence vigoureux attirèrent des foules nombreuses vers notre Seigneur Jésus Christ. Son altruisme et sa philanthropie étaient des phares lumineux de sa vie telle qu’elle nous est rapportée. Cet illustre Saint venant de Tours a déterminé l’histoire de toute l’Europe. Sa sépulture a été la destination de pèlerins sans nombre des siècles durant, et à ce jour encore il inspire ceux qui le prient à suivre sa voie exemplaire.

Peut-on oublier l’émouvante histoire du jeune officier Martin qui vient de dépenser sa solde à l’achat d’un manteau digne de son statut et qui en revêt aux portes d’Amiens un pauvre hère a moitié nu et transi de froid ? Mû de compassion, il descend de sa monture, se saisit de son épée, et tranche ….. son manteau pour en donner la moitié au mendiant qui se trouve devant lui. Tous les arts graphiques se sont inspirés de cette scène, mais personne ne sait comment l’histoire s’est terminée. A peine rentré au régiment, nous pouvons facilement imaginer la risée dont il fut l’objet lorsque ses soldats virent leur officier rentrer au baraquement attifé comme un clown sur son cheval. Mais c’est la suite de cette histoire qui est à la fois émouvante, troublante et inimaginable. De nuit, le Christ lui apparut. Le Seigneur siégeait sur Son trône élevé et S’était revêtu du demi manteau de Martin. Fier et compatissant Il annonce aux anges qui l’entourent : « Voyez, c’est Martin qui M’a offert ce manteau. »

Si Martin faisait preuve de clémence et de douceur, cela n’impliquait aucunement qu’il cédait à tout facilement. En tant qu’évêque itinérant, il n’hésitait pas à affronter sans crainte ni peur les infidèles ou opposants car il était profondément convaincu que notre Seigneur Jésus Christ voulait habiter en eux tous, sans exception. Ainsi se mit-il un jour à abattre un arbre immense qui se trouvait sur la place principale du village et qui était l’objet une vénération païenne bien ancrée avec tout le tumulte de la foule que cela provoqua. Pour les amadouer, il leur proposa un marché : il leur laisserait abattre l’arbre eux-mêmes pendant que lui prendrait place à l’endroit où l’arbre était censé s’écraser. Proposition acceptée avec grand enthousiasme, car les druides espéraient ainsi de se débarrasser de cet empêcheur de tourner en rond. Battant tambours et tambourins, la cognée fut donc littéralement mise à l’arbre sous le regard calme et le sourire paisible de Martin. Au moment où l’arbre commençait à chanceler, l’évêque le bénit, et voilà que l’arbre pivote sur lui-même et s’abat à l’opposé de Martin.

Martin était un homme doux et affable mais très déterminé, rien ne le détournait de l’objectif qu’il avait en point de mire. Où qu’il passât, partout il laissait une empreinte de bonheur, guérissant des malades, ressuscitant des morts, amenant ainsi une foule nombreuse à une foi en Christ ardente et tenace. Aucune oppression, destruction ou désolation dans ses comportements, mais, en échange, il invitait, guérissait et consolait. C’est dans cet esprit là qu’il refusa de participer aux débats avec l’empereur, ou même avec d’autres évêques, par exemple, car il ne tolérait aucune violence pour forcer le peuple à confesser la foi. Les paroles de son père spirituel, Hilaire, évêque de Poitiers, étaient son idée directrice : « Dieu ne veut pas contraindre le peuple à suivre les offices, Il souhaite qu’on Le trouve dans la simplicité de l’amour du prochain. Malheur à ceux qui recourent à la foi pour imposer un pouvoir terrestre et qui feignent invoquer le nom de notre Seigneur pour servir leurs propres ambitions. » Pour Martin, l’empereur ne serait jamais à la hauteur pour prendre la place du Christ ; il considérait ses fonctions épiscopales comme équivalentes à celles d’un simple pasteur qui ne néglige aucun effort pour la moindre de ses brebis. Il ne voulait pas se distinguer de ses ouailles par un port vestimentaire particulier, aussi portait-il toujours son habit monacal usé jusqu’à la corde. Simple de cœur et l’âme constamment tournée vers le ciel, il en a incité beaucoup à laisser s’épanouir en eux l’amour du Christ qui y a brûlé ardemment.

Que de froideur et de superficialité dans l’amour de notre époque ! La terrible parole du Christ serait-elle en train de se réaliser : « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera–t–il la foi sur la terre ? » (Lc 18,8)

N’est-il étrange de voir qu’à l’époque dite de la Renaissance, l’homme ait soudainement balancé par dessus bord l’idée même de la re-naissance, qu’il ravale au niveau des pâquerettes pour ainsi dire, en invoquant tous les arguments que la raison lui procure pour ne pas en faire l’expérience, comme c’est encore toujours le cas à l’heure actuelle.

Je vous répète ce que j’ai déjà dit maintes fois, si nous avons des hôpitaux dans nos villes aujourd’hui, des hôpitaux pour soigner les maladies physiques et mentales, c’est bien grâce aux Saints des temps anciens ! A l’époque, il n’y avait même pas de place pour des malades dans ces sociétés barbares. Le remède proposé était leur liquidation pure et simple, comme nous l’avons revécu dans les années 40-45 du siècle dernier sous le joug germanique. « A quoi bon ces vieillards édentés qui ne font que marmonner à longueur de journée ? Ils ne servent à rien si ce n’est causer du souci. » De par leurs propres actes et gestes les Saints nous ont appris que ces personnes là aussi méritaient notre respect. « Honore ton père et ta mère. » (Ex. 20,12) Ce commandement donné par Dieu à Moïse s’applique à tous les chrétiens ici sur terre. Et si d’aventure il devait y avoir des personnes ainsi rejetées et abandonnées par leurs enfants, il y avait toujours l’un ou l’autre saint ou sainte qui les accueillait et leur donnait abri.

Ce qui nous rend unique est précisément ce que nous renions. Nous renions ceux qui nous donnent un exemple de vie, nous les ignorons, comme s’ils n’avaient jamais vécu. Mais pourquoi, Seigneur ? Pour des raisons de politiques qui inspirent la corruption, par obséquiosité à l’égard de douteux personnages barbotant dans la fange. Nous abaissons-nous à cela ? Nions-nous la vérité et nous faisons-nous les acolytes du mensonge qui renient leurs propres origines? Ne pouvons-nous nous enorgueillir de tout ce que nous avons réalisé au fil des siècles ? Que peuvent nous offrir de meilleur ces pays que le monde adulé ? Quelles merveilles possède l’Arabie Saoudite, à part La Mecque ?

Mes très chers frères et sœurs, le mot clé c’est l’inspiration; c’est grâce à l’inspiration, que l’européen trouvait dans la foi en la divinité du Christ, qu’il a été poussé à cette charité commisérative pour le prochain et, de là, à ces grandes réalisations.

En ce jour de leur fête, soyons leurs reconnaissant de tout ce qu’ils ont fait et rejetons loin de nous l’idée de renier ce bagage chrétien qui est le nôtre. Notre passé est franchement « glorieux » et nous devons en tirer une fierté très justement méritée. Nos terres étaient des terres saintes sur lesquelles l’on s’efforçait de créer un paradis sur terre pour le prochain.

Qui n’éprouve de l’admiration pour une Sainte Godeleine, qui, en dépit des difficultés qu’elle vécut, est demeurée fidèle à la fois à sa foi et à son mari ?

Qui n’éprouve de l’admiration pour ces reines et rois qui plièrent et la tête et les genoux pour se faire les serviteurs des lépreux au lieu de jeter un regard condescendant sur ce bas peuple ?

Qui, aujourd’hui, membre des sphères politiques, sociales ou financières élevées, aurait le courage d’inscrire pareille action dans son agenda ? Personne, vraiment personne. A cause du « qu’en dira-t-on ? »

Ne prêtons plus l’oreille à ces mensonges tordus dont le monde et les médias nous abreuvent. Réapprenons à entendre le frêle battement de cœur que notre histoire a nourri de ces globules rouges riches en oxygène qui permirent à l’amour d’éclore dans la pire des misères et pauvretés… Alors l’homme trouvait encore réconfort et chaleur dans le rayonnement de la sainteté dans laquelle il baignait.

Aujourd’hui nous fêtons les Saints de nos terres, aujourd’hui nous leur rendons grâce d’avoir été des témoins vivants par leurs actes et leurs paroles. Le jour n’est-il pas enfin venu, aussi, de ne plus renier notre passé et de nous mettre sur leurs traces, afin de construire un avenir qui ressemble davantage à la face du Dieu-Homme à l’image duquel nous sommes faits ? Un monde chrétien digne de ce nom.
Archimandrite Thomas

(mis en ligne avec la bénédiction de Père Thomas)

mardi 28 octobre 2008

Saint Jean Chrysostome: La propriété

St Jean Chrysostome

Saint Jean Chrysostome avait de sérieux doutes sur la propriété privée. Les disputes ne commencent-elles pas quand on commence à introduire la froide distinction entre le "mien" et le "tien"? [Il] n'était pas tant préoccupé par les résultats que par les causes, dans cette orientation de la volonté. Où un homme va-t-il rassembler ses trésors? Saint Jean Chrysostome se souciait de la justice dans sa défense de la dignité humaine. L'homme ne fut-il pas créé à l'image de Dieu? Dieu ne souhaite-Il pas le salut et la conversion de tout homme, quelle que soit sa position sociale et même quel que soit son comportement dans le passé? Tous sont appelés à la repentance et tous peuvent se repentir. Il n'y avait cependant aucun oubli des choses matérielles dans ses sermons. Les biens matériels viennent aussi de Dieu et ne sont pas intrinsèquement mauvais. Ce qui est mauvais, c'est seulement l'utilisation injuste des biens ai profit de quelques uns alors que les autres meurent de faim. La réponse à ceci est l'amour. L'amour n'est pas égoïste, n'est pas ambitieux. Saint Jean Chrysostome considérait l'Eglise primitive: " Observez, disait-il, l'accroissement de la piété. Ils rejettaient leurs richesses et se réjouissaient, et avaient grande joie, car plus grandes étaient les richesses qu'ils recevaient sans labeur. Aucun d'eux ne faisait de reproches, aucun n'était envieux, il n'y avait pas en eux d'orgueil ou de mépris. Il n'était pas question du "mien" ou du "tien". De là venait la joie qui présidait à leur table: personne ne semblait manger ce qui était à lui ou à son prochain [ils partageaient tout]. Ils ne considéraient pas la propriété de leurs frères comme étrangère à eux-mêmes: c'était la propriété du Maître. Ils ne considéraient pas non plus quoi que ce soit comme leur bien propre: tout était à leurs frères." Comment cela était-il possible, se demandait saint Jean Chrysostome. Par l'inspiration de l'amour, en reconnaissance de l'ineffable Amour de Dieu.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après Père Georges Florovsky
Cité in Where Moth And Rust Do Not Consume
Light & Light Publishing
Minneapolis, USA 1983

Vie de Saint Jean Chrysostome:

lundi 27 octobre 2008

Les saints Pères & La Charité


Saint Augustin d'Hippone

Celui qui possède 
un surplus de biens,
possède les biens
de quelqu'un d'autre.

Saint Augustin d'Hippone


St Jean Chrysostome

Si un homme veut donner 
des vases sacrés 
ou tout autre objet à l'Eglise,
dites-lui de donner plutôt l'argent aux pauvres. 
Personne ne fut jamais condamné
pour n'avoir pas décoré une église.

Saint Jean Chrysostome


Basile de Césarée

Le pain dans ta huche
appartient à ceux qui ont faim;
Le vêtement dans ton armoire
appartient à ceux qui sont nus;
les chaussures que tu ne mets pas
Appartiennent à ceux qui sont pieds nus;
l'argent dans ton coffre
appartient aux pauvres.

Saint Basile le Grand

Version française Claude Lopez-Ginisty

dimanche 26 octobre 2008

Saint Grégoire de Nazianze


Grégoire de Nazianze

Que chacun apporte à Dieu les fruits qu'il peut Lui apporter, en tous temps, à tous moments de la vie et de ses péripéties, selon la mesure de sa capacité, en fonction des dons qui lui ont été accordés...
Que l'un apporte ses biens,
un autre le fait de n'avoir rien; 
l'un ses aumônes,
l'autre l'acceptation des aumônes;
l'un son ascétisme vertueux,
et cet autre une contemplation purifiée;
l'un une parole à propos,
et l'autre un silence bienvenu;
l'un un enseignement impeccable,
un autre la volonté d'apprendre;
celui-ci une virginité sans tache qui le sépare du monde,
celui-là un mariage honorable...
l'un un jeûne sans vaine gloire,
l'autre une diète sans intempérance;
celui-ci l'absence de distraction pendant la prière...
celui-là le soin de s'occuper des indigents.
Que tous apportent des larmes,
tous la purification,
tous le progrès
et l'effort constant vers l'amélioration de soi.

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Saint Grégoire de Nazianze
cité in Where Moth And Rust Do Not Consume
Light & Life Publishing Company
Minneapolis, USA
1983

L'Eglise Orthodoxe, voyage en images ( Anglais)

samedi 25 octobre 2008

Confession: Prières


Rembrandt - "Le Retour du Fils Prodigue"
Rembrandt: Le retour du Fils Prodigue

PRIERES DE CONFESSION 

Prière de St Ephrem au Très Saint Esprit.

O Seigneur, Roi Céleste, Consolateur, Esprit de Vérité, aie compassion et pitié de Ton serviteur pécheur et pardonne mon indignité, et pardonne-moi aussi tous les péchés que j'ai humainement commis aujourd'hui, et non seulement humainement mais d'une manière pire que celle des bêtes- mes péchés volontaires, connus ou inconnus commis depuis ma jeunesse et ceux venant de suggestions malignes ou de mon impudence et de mon ennui. Si j'ai juré par Ton Nom ou blasphémé en pensées, si j'ai blamé quelqu'un ou lui ai fait des reproches, si ma colère a porté atteinte à quelqu'un, l'a calomnié ou blessé, si je me suis mis en colère à propos de quelque chose, si j'ai dit un mensonge, si j'ai dormi sans nécessité, si un mendiant est venu vers moi et que je l'ai méprisé ou ignoré, si j'ai troublé mon frère ou me suis disputé avec lui, si j'ai condamné quiconque, si je me suis vanté, si j'ai été orgueilleux, si j'ai perdu mon calme avec quiconque, si lors de la prière, mon esprit a été distrait par l'attrait de ce monde, si j'ai eu des pensées dépravées, si j'ai trop mangé ou bien bu à l'excès, ou ri d'une manière frivole, si j'ai pensé au mal, si j'ai été attiré par quelqu'un et que cela m'ait blessé dans mon coeur, si j'ai dit des choses indécentes, si je me suis moqué du péché de mon frère quand mes propres fautes sont innombrables, si j'ai été négligent dans la prière, si j'ai commis quelque tort dont je ne puis me souvenir- car j'ai commis tout cela et plus encore- aie pitié ô mon Seigneur et Créateur, de moi Ton mauvais et inutile serviteur et absous, pardonne et délivre-moi dans Ta bonté et Ton amour pour les hommes afin que sensuel, pécheur et mauvais que je suis, je puisse m'étendre pour dormir et me reposer en paix. Et je vénère, je loue et glorifie Ton Nom très honorable avec le Père et Son Fils Unique, maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen!

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Confession quotidienne des péchés.

Je Te confesse, mon Seigneur , Dieu et Créateur, à Toi glorifié et adoré dans la Sainte Trinité du Père, du Fils et du Saint Esprit, tous les péchés que j'ai commis tous les jours de ma vie, à toute heure, maintenant et dans le passé, jour et nuit, en pensée, parole et action, par gloutonnerie, ivresse, paroles oiseuses, acédie, indolence, contradiction, négligence, agressivité, égoïsme, avarice, vol, mensonge, malhonnêteté,curiosité, jalousie, envie, colère, ressentiment et souvenir des injustices à mon égard, haine, esprit mercenaire et aussi par tous mes sens, la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût, le toucher, et tous les autres péchés, spirituels et corporels par lesquels je T'ai irrité, mon Dieu et Créateur et par lesquels j'ai causé des injustices à mon prochain. Triste à cette pensée, mais déterminé au repentir, je me tiens coupable devant Toi, mon Dieu. Aide-moi seulement mon Seigneur et Dieu, je T'en prie humblement par mes larmes. Pardonne-moi mes péchés passés par Ta miséricorde et absous moi de tout ce que j'ai confessé en Ta présence car Tu es Bon et Ami de l'homme. Amen!

 Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après PRAYER BOOK,
 HOLY TRINITY MONASTERY,
 JORDANVILLE, USA, 1979,
 pp.44-46 & 54-55

Trisaghion: Mélodie Serbe

vendredi 24 octobre 2008

Saint Claude de Besançon: Vie


VIE DE NOTRE PERE PARMI LES SAINTS
CLAUDE LE THAUMATURGE
HIERARQUE DE BESANCON
ET HIGOUMENE DE SAINT-OYAND
(607-699)
Fêté le 6 juin

Selon une tradition multiséculaire de la région de Salins, saint Claude naquit au Château de Bracon près de Salins, d'une famille d'origine romaine du nom de Claudia. Cette famille avait déjà donné à l'Église un saint évêque du nom de Claude au sixième siècle, c'est la raison pour laquelle certains biographes appellent le saint thaumaturge de Besançon saint Claude II. En l'année 607, lorsqu'il naît, son père est gouverneur de la ville. Jusque dans sa septième année, on eut soin d'élever le futur hiérarque dans la crainte de Dieu et la piété, tout en lui donnant l'éducation que supposait sa naissance. À l'age de sept ans, son âme fut confiée à des précepteurs qui le formèrent dans le domaine de la connaissance profane autant que dans celui des Lettres Sacrées. Son esprit vif, son intelligence précoce, sa docilité lui firent faire des progrès rapides, de sorte “ qu'après avoir donné les heures nécessaires à l'étude, son plus grand divertissement était de lire les livres de piété et particulièrement la vie des Saints à laquelle il s'appliquait beaucoup » selon un de ses biographes Laurent Surius. Les écrits des Pères alimentaient aussi cette jeune âme pleine de douceur et avide d'écouter la Parole de Dieu. Il allait à l'église tous les jours et y demeurait longtemps les dimanches et jours de fête, assistant avec ferveur à tous les offices divins. Ce fut un enfant grave. Il cultivait la vertu et pour ce faire, fuyait les gens et les lieux qui l'auraient éloigné de son idéal. Il fréquentait surtout les personnes pieu ses dont le commerce était susceptible de nourrir son âme. Il fut vite admiré et aimé de tous à cause de la sûreté de son jugement et de sa charité. Jusques à l'âge de vingt ans, saint Claude porta les armes: il était en tant que patrice, chargé de veiller sur les frontières, celles-ci allant alors jusqu'à l'actuel canton du Valais en Suisse Romande. 
En 627, il quitta l'armée terrestre pour rejoindre la sainte milice du Christ: il demanda à être reçu en l'état ecclésiastique au chapitre de la cathédrale de Besançon. Le saint archevêque Donat le reçut parmi ses chanoines. Ce terme de chanoines—du grec canon règle—désignait en ce temps-là, des prêtres vivant auprès d'un évêque, tout en suivant une règle religieuse. Saint Donat venait d'écrire une règle—que nous possédons encore—pour ses clercs, et ceux-ci vivaient sous son obédience comme des moines auprès de leur higoumène. Saint Claude, à cause du zèle qui le dévorait, devint rapidement le modèle des autres clercs et il étudia avec tant d'assiduité qu'il fut bientôt lui-même chargé d'enseigner dans l'école ecclésiastique fondée par saint Donat. Ascète remarquable, il ne s'accordait qu'un seul repas par jour qu'il prenait généralement vers le soir. Il jeûnait tous les jours excepté les dimanches et jours de fête et veillait souvent pour l'étude et la prière. Son sacrifice quotidien était déjà celui d'un moine accompli lorsque voulant servir Dieu d'une manière plus totale, il se tourna vers le monachisme. Après douze années de vie ascétique au chapitre de Besançon, il se retira donc au monastère de Condat qui était avec Luxeuil très prospère en ce temps-là. Ce fut en l'an 639 qu'il se rendit en ce lieu alors appelé Saint-Oyand en mémoire de l'illustre higoumène du Ve siècle. Saint Claude avait alors trente-deux ans... Dans ce monastère, aussi bien qu'au chapitre de la cathédrale de Besançon, il devint vite le modèle de ses frères moines non point tant à cause de sa haute naissance, mais par la distinction de son austérité, par son zèle ardent pour la prière et son assiduité à l'étude et~ la lecture des œuvres saintes. Sobre, il ne se sustentait que de racines, dormait sur un dur grabat et, nous dit son biographe, la pâleur de son visage et la maigreur de son corps lui servaient d'ornements. » Fondé en 425 par deux frères, saint Romain et saint Lupicin, le monastère de Condat était un lieu de pèlerinage célèbre à cause du tombeau de saint Oyand qu'il abritait. Il devint bientôt connu sous le nom de ce saint avant de devenir Saint-Oyand-Saint-Claude après la mort de saint Claude; lorsque fut découvert incorrompu après plusieurs siècles le corps de ce dernier, et après les milliers de miracles accomplis par le thaumaturge, ce monastère garda son seul nom. 
L'higoumène Injuriose, alors un vénérable vieillard, était le chef spirituel de la communauté des moines de Condat. Il fut si impressionné par les qualités spirituelles de saint Claude, qu'il lui proposa de prendre sa charge d'higoumène. Le saint s'y refusa toujours du vivant d'Injuriose, mais à la mort de celui-ci, ses frères moines le choisirent pour le remplacer à leur tête. C'était en 644, il avait alors trente-quatre ans !Clovis II, premier des " rois fainéants ", était en ce temps-là roi de Neustrie et de Bourgogne, il avait pour épouse sainte Bathilde qui exerçait sur lui une bonne influence et une attitude droite vis-à-vis de l'Église et de ses institutions monastiques. Saint Claude alla le voir en 650 pour demander une aide matérielle—restitution de biens donnés en jouissance à Condat ? Nouvelle dotation ?—et le monarque le reçut avec bienveillance et lui octroya généreusement l'aide demandée. Le biographe de saint Claude en parle ainsi: « J'en prends Dieu à témoin, j'ai vu de mes yeux et j'ai lu dans les archives de ce monastère—id est de Saint-Oyand—parmi plusieurs manuscrits, l'acte écrit en différents signes et caractères, portant les sommes citées plus haut, et commençant ainsi: Clovis, roi des Français (sic), à tous ceux qui liront cet écrit, salut. Le vénérable Claude est venu nous trouver, etc..... Ayant obtenu la nourriture de ses frères, cinquante mesures de froment et d'orge et cinquante livres de rente, saint Claude put assurer non seulement la subsistance de son monastère, mais aussi celle des pèlerins et des pauvres de la région. Sous sa houlette, Saint-Oyand prospéra, les églises furent embellies, ornées de vases précieux et de reliquaires nouveaux. Il fit aussi construire de nouveaux bâtiments et réparer ceux qui en avaient besoin, mais parallèlement à ce souci des choses matérielles utiles à l'œuvre de Dieu, saint Claude eut grand soin de ceux qui lui furent confiés et fut un père spirituel pour lequel les âmes étaient plus précieuses que toutes les possessions du monde. Sous son higouménat, régna une grande discipline à Saint-Oyand: il y établit la règle de saint Benoît de Nursie, Père des moines d'Occident et selon certains de ses biographes, on parlait de lui comme d'un nouvel Antoine ou Pacôme le Grand et l'on comparait ses moines à ceux des déserts d'Égypte Ancienne. 
En un prologue suivi de soixante-treize courts chapitres, saint Benoît a établi un modèle de vie monastique qui définit pratiquement tous les aspects de cette vie et tend à l'organiser afin que les frères qui la suivent puissent accéder à l'unique bien nécessaire, à savoir l'obéissance à la volonté de Dieu et la marche vers son Amour ardent et inextinguible. Saint Benoît n'a pas la prétention de tout régenter car il termine sa règle en proclamant bien haut que « la pratique de la justice n'est pas toute contenue dans cette règle. » il ne voit en elle qu'une ébauche qui permet de cheminer vers Dieu, pour se hâter vers la perfection, il recommande les enseignements des Pères, inséparables de l'Écriture Sainte, et la règle de « notre père saint Basile le Grand ». 
Saint Claude, utilisant cette règle forma une lignée de moines dont son successeur saint Rustique. Il laissa à la postérité un recueil de ses homélies dans lequel il avait résumé ses enseignements. On possédait encore ce livre au XIIe siècle, malheureusement il fut perdu ensuite. Il dirigea ses moines avec douceur et fermeté, étant naturellement enclin à la miséricorde. Sa prière était efficace et montait vers Dieu comme un encens d'agréable odeur: ainsi, il fut l'instrument de miracles sans que son humilité eût à en souffrir. 
Saint Gervais, évêque de Besançon mourut en 686, et quand il fallut lui trouver un successeur, les clercs et le peuple étaient d'un avis contraire quant au choix de celui-ci. Un biographe anonyme mentionne qu'à cette époque, les clercs avaient déjà perdu quelque chose de leur ardeur primitive; le relâchement commençait à s'introduire dans les Gaules (...), peut -être ces luttes étaient-elles excitées par ceux d'entre les clercs qui, inclinant vers le relâchement, auraient voulu nommer un évêque dont l'indulgence eut autorisé leurs désordres…
Pendant que clercs et peuple priaient Dieu, un signe leur fut donné, une voix du Ciel se fit entendre qui leur désignait saint Claude comme digne de succéder à saint Gervais et leur ordonnait de le prendre pour hiérarque. Le nom de saint Claude fut agréé avec joie. Le saint se trouvait à ce moment-là à Salins, visitant sa famille, quand une délégation vint vers lui pour lui annoncer cette élection divine et le supplier d'accepter cette nouvelle charge. Il en fut consterné et il refusa d'abord, mais sous la pression des envoyés, de ses proches et à cause de cette voix du Ciel, il eut crainte d'aller à l'encontre de la volonté de Dieu et il se résolut à accepter la tâche nouvelle qu'on lui imposait. Il fut conduit à Besançon où dans une grande liesse, il fut consacré dans sa fonction épiscopale. 
Évêque, saint Claude continua à être moine, il se trouva dans la position où était saint Donat, célébrant la Divine Liturgie avec ses chanoines, arbitrant les différends de ses ouailles ou de ses clercs avec douceur et fermeté, mais il ne permit jamais à sa fonction administrative d'empiéter sur la prière ou sur l'étude des livres saints. Il visitait les malades, exerçait la charité, prêchait avec joie pour convertir les cœurs endurcis des pécheurs et remettait de l'ordre dans les paroisses de son diocèse. Cependant il était resté higoumène de Saint-Oyand et jamais il ne cessa de diriger son monastère durant tout le temps de son épiscopat. Son cœur demeurait toujours avec ses moines; aussi, après sept années d'épiscopat, quand il vit avec douleur que les clercs de sa ville se laissaient aller au relâchement et qu'il n'était plus possible de rétablir l'antique discipline qu'il avait lui-même connue sous saint Donat, discipline qu'il jugeait indispensable dans l'Église, il renonça à sa fonction épiscopale et retourna à Saint-Oyand. 
Ceci advint en l'an 693, alors que saint Claude était âgé de 86 ans. Il vécut encore six ans dans son monastère et sa mort fut douce et paisible. Quelques jours avant son départ de notre monde, il fut légèrement malade. Trois jours après le début de cette indisposition, il appela tous ses moines auprès de lui et leur enseigna une ultime fois l'amour de Dieu, le mépris des choses du monde et leur demanda de supporter avec résignation son proche trépas. Comme ils pleuraient, il donna à chacun d'entre eux un saint baiser de paix et lorsqu'ils eurent quitté sa cellule, il consacra sa nuit à la prière. Le jour venu de son départ, il se fit emmener à l'église où il communia avec ferveur aux Saints Corps et Sang du Christ. Se retrouvant dans sa cellule, il demanda aux moines présents que son ensevelissement se fasse sans pompe ni éclat. C'était le cinquième jour de sa maladie, à trois heures de l'après-midi, assis sur le siège où il lisait et priait habituellement... Il éleva ses mains et son regard vers les cieux et rendit doucement son âme au Seigneur. 
Saint Claude naquit au Ciel à quatre-vingt-treize ans, le 6 juin 699, dans la quatrième année du règne de Childebert III. On mit sur son corps des parfums précieux et des aromates, mais on ne l'embauma pas car ainsi que cela fut vérifié plusieurs siècles plus tard, il n'y avait aucune trace d'incision sur son corps. 
Sa sépulture fut modeste et longtemps resta oubliée, mais sa mémoire était déjà vénérée. Dans son martyrologe écrit vers l'an 860, Raban Maur, archevêque de Mayence portait à la date du 7 juin: « VII idus junu, depositio beati Claudii, episcopi. » (Le sept des ides de juin, déposition du bienheureux Claude, évêque). Si l'on vénérait sa mémoire, on ne commença à vénérer le corps de saint Claude qu'à partir de l'instant où dans la moitié du douzième siècle, on s'aperçut que son corps était incorrompu. Les miracles ne cessèrent plus à partir de cette époque-là. On le surnomma alors le thaumaturge et l'on ajouta ce titre à celui de saint qu'on lui donnait déjà (au neuvième siècle un document atteste que le corps de saint Claude se trouve à l'abbaye de Saint-Oyand). 
Claude de la Roue dans un livre en latin écrit à la gloire de son saint patron, publié à Lyon en 1531 et comprenant cent soixante-dix-sept chapitres, écrivit que saint Claude: « était le consolateur des affligés, le libérateur des captifs, la résurrection des morts, la lumière des aveugles, l'ouie des sourds, la parole des muets, le salut des naufragés, le secours des religieux, la santé des malades, la force des faibles, le refuge de tous ceux qui avaient confiance en sa charité. 
Comme dans les Actes des Apôtres, les linges qui avaient touché au saint apôtre Paul ou bien l'ombre de saint Pierre guérissaient, comme les os du prophète de Dieu Elisée ressuscitèrent par leur contact un cadavre entré en contact avec eux et par leur entremise avec la grâce de Dieu, le corps de saint Claude accomplit des miracles innombrables. Jusques au XVIIe siècle, on possédait encore au monastère de Saint~Oyand plusieurs volumes manuscrits dans lesquels étaient inscrits les actes de miséricorde de Dieu accordés par l'intercession de son saint thaumaturge Claude. 
Les listes de miracles que nous possédons encore n'ont pas d'autre source. Parlant de son saint patron, Claude de la Roue n'exagère en rien les miracles que celui-ci accomplit, que l'on en juge plutôt par les exemples qui vont suivre et qui vont au-delà de l'époque où il écrivait. 
Vers l’an 1172, un jeune homme fut étouffé par la foule qui se pressait pour vénérer le corps du saint. Pierre, archevêque de Tarentaise qui était présent, prit le corps sans vie et le porta près de celui de saint Claude et il demanda à saint Claude d'intercéder pour lui. Le jeune homme se leva d'entre les morts ! Un prêtre de Genève recouvra la vue, plusieurs enfants furent rendus à la vie, ce qui explique que souvent dans l'iconographie, le saint thaumaturge est représenté avec un enfant à ses pieds. À Lons-le Saunier, une femme paralytique, dans l'église Saint-Désiré, lors d'un voyage des reliques vers Arbois recouvra, elle, l'usage de ses membres. À Poligny, un aveugle et plusieurs malades furent guéris en l'église Saint-Hippolyte. Dans l'église Saint-Just à Arbois une femme tétraplégique amenée près du corps du hiérarque thaumaturge se leva pour remercier Dieu de l'avoir guérie; un homme à la main desséchée, se prosterna devant les reliques et sa main retrouva un aspect normal. Un aveugle vit. Un épileptique du nom d'André est rétabli dans sa santé. Un berger de Baume-les-Dames recouvre la vue après avoir demandé l'intercession du saint. Des enfants noyés sont ramenés à la vie… Bien d'autres miracles manifestent la grâce de Dieu par « Monsieur saint Claude l'ami de Dieu »; dans les archives de la préfecture du Jura, un antiphonaire manuscrit de 1234, établit une liste complète de ces interventions de Dieu par le truchement de saint Claude. Les siècles qui suivirent furent témoins d'autres miracles encore. 
En 1455 Jean de la Vigne et Renaud de Trayes, vinrent en pèlerinage auprès des reliques de saint Claude pour le remercier de son intercession: deux ans plus tôt, prisonniers de pirates, ils se jetèrent à l'eau en demandant sa protection au saint thaumaturge et ils arrivèrent en sécurité au port de Savone (Ligurie). 
La même année, Nicod Girod de Thonon et Pierre Destoy de Morges (canton de Vaud—Suisse) étaient sur le Lac Léman lorsqu'une tempête se leva. Le bateau fut envahi par les eaux. Ils se recommandèrent tous deux à la protection de la Très Sainte Mère de Dieu et de saint Claude. Deux passagers étaient déjà passés par-dessus bord. Redoublant leur demande d'intercession, ils virent la Mère de Dieu et saint Claude qui remettaient à flot leur bateau et ils furent sauvés et purent aborder sains et saufs le port de Saint-Sulpice (Suisse). Venus à Saint-Claude, ils voulurent que leur récit soit consigné dans un acte public. 
En 1527, pendant la guerre d'Italie entre Charles-Quint et François Ier, Louis d'Arestel, noble bourguignon qui se battait avec les Milanais fut atteint par une lance à l'épaule gauche et reçut deux blessures sérieuses au ventre. Piétiné par les soldats des deux camps qui le comptaient pour mort, il se mit à prier saint Claude. Lorsque les combats prirent fin, il se releva sain et sauf ! Il en témoigna lui-même devant l'autel des reliques de saint Claudc.
Il n'est pas possible de faire une liste complète de tous ces miracles tant ils furent nombreux. En 1671, dans la nuit du 9 décembre, des réformés Genevois avancèrent vers le monastère de Saint-Claude avec l'intention bien arrêtée de brûler le corps du thaumaturge et de voler la châsse précieuse qui le contenait. Arrivant en vue du saint lieu, ils entendirent les cloches sonner et battre les tambours comme le voulait l'usage pendant le temps de l'Avent lorsque les offices allaient être célébrés. Croyant leurs plans déjoués et craignant d'être battus, ils s'enfuirent aussitôt. 
En 1639, les troupes du Suédois Neymar, composées de Suédois et d'Allemands réformés, s'emparèrent de l'abbaye. Entrés dans l'église où reposait le corps du saint thaumaturge, ils voulurent forcer la grille de fer qui protégeait le chœur où se trouvait le riche reliquaire du saint. ils s'enfuirent soudain et racontèrent plus tard qu'une terrible et grande frayeur les avaient alors saisis et qu'ils n'avaient plus pu s'approcher de la châsse du saint. Il fallut alors murer le corps du hiérarque dans une muraille et lorsqu'on le retira (vraisemblablement en 1642 ou 1643) malgré l'humidité, le corps était intact. Une jeune fille paralytique qui le vénéra fut une des premières miraculées de cette vénération des reliques du saint. Le corps du thaumaturge exposait ses pieds nus trois fois par jour à la vénération des pèlerins et malgré cela, malgré l'exposition à l'air, il restait incorrompu. 
En 1769, le Prince de Crony vint vénérer le corps du saint thaumaturge et un témoin oculaire nous rapporte les faits suivants: "Hier 14 septembre, on ouvrit toute la châsse pour faire voir le corps de saint Claude à monsieur le Prince. Je le vis à cette occasion. Il est toujours dans la même situation, la bouche ouverte; on y voit la langue, un peu de rougeur au palais, encore du brillant dans les yeux, quelques cheveux et la barbe; les deux mains sont sur l'estomac sans y être appuyées; tout son corps couché sur la longueur, et la tête un peu élevée sur un coussin, toujours palpable, sauf que la chair n'est pas bien blanche. On croit que c'est le souffle des personnes qui vont baiser les pieds qui occasionne cette couleur; le visage est plus blanc que le reste du corps " (manuscrit de Duvernoy). 
Le corps de saint Claude, conservé par la grâce de Dieu pendant douze siècles attira la fureur imbécile et impie des révolutionnaires de 1794. Séide zélé des idées nouvelles, Simon Lejeune, député de l'Indre à la Convention, était un homme cruel, borné et sans scrupules. À Lons-le Saunier, il avait fait brûler les reliques de saint Désiré dans une cheminée pour se réchauffer les pieds !
Envoyé dans le Jura il déclara que « les peuples ne voulaient plus reconnaître d'autre Dieu que celui de la nature, d'autre religion que celle de la patrie, d'autre culte que celui de la liberté ,- (cité par La Vedette, journal de Besançon, An II, séance du 28 Ventose à la société populaire). Il ne pouvait supporter qu'il reste encore des "hochets de la superstition". Un soir, à minuit, après ripailles, il se fit donner les clés de la cathédrale et il y envoya chercher le saint corps du thaumaturge que les siècles avaient épargné. Des brutes épaisses le mirent en morceaux pour le porter au séminaire des Carmes où logeait Simon Lejeune. Pendant ce transport sacrilège, l'os de l'avant-bras du saint tomba à terre et un artisan du nom de Jaquet le conserva pendant toute la période révolutionnaire. Une femme, Marie-Anne Maillat, découvrit à terre l'index du saint qu'elle remit plus tard à l'évêché de Saint-Claude. 
Cette même nuit—le 19 juin 1794—les restes insignes de saint Claude furent brûlés. Les cendres furent jetées dans un endroit de la Bienne appelé Coinchette. Des fragments du crâne demeuraient qui furent sauvés par un certain Jean-Marie Félix Prost, qui les donna ensuite à Clairvaux. 
Se glorifiant de ce sacrilège devant la société populaire de Besançon, le commissaire de la République Morel, s'étonna de ce que « le grand saint Claude, qui toute sa vie avait fait des miracles, qui avait préservé du feu et des épidémies une grande partie de l'Europe, n'avait pu se garantir du brûlement (sic) que le représentant Lejeune lui avait fait subir ». (La Vedette, Journal de Besançon, tome V, p. 168). En 1799, un incendie ravagea la ville de Saint-Claude, « l'incendie ayant commencé, on ne sait comment, en plein midi, le ciel était serein et l'air calme, les habitants frappés d'un tel aveuglement et d'une stupeur si extraordinaire, que, malgré la présence des secours et l'heure favorable, loin d'employer les moyens d'éteindre le feu, chacun s'occupa de démeubler sa maison, la laissant dévorer par les flammes, de sorte qu'après un court espace de temps le sol que couvrait une ville riche et florissante n'offrait plus à la vue qu'un tas de décombres enflammés et de cendres fumantes. Le feu épargna une seule maison, celle d'un homme pieux du nom de Calais, dont l'épouse avait reçu le chapelet de saint Claude, que les impies lui avaient donné à l'instant où ils brûlaient la relique. » (Godescard Vie des Saints, 6 juin, Besançon 1836). 
Le toit seul de la cathédrale Saint-Pierre fut touché. Après la période révolutionnaire, la vénération des reliques de saint Claude reprit. 
Saint Hiérarque et Thaumaturge Claude Prie Dieu Pour Nous!

Tropaire de saint Claude, ton 1

Hiérarque du Ciel et ange sur la terre* Tu devins thaumaturge ô notre père saint Claude* Par le jeûne, les veilles et la prière* Tu as obtenu la grace de guérir les corps et les âmes* De ceux qui avec foi ont recours à ton inter cession* Gloire à Celui qui t'a donné la puissance* Gloire à Celui qui t'a couronné* Gloire à Celui qui par toi accorde à tous la guérison. 

Kondakion de saint Claude, ton 8

A toi le pasteur et le médecin des âmes et des corps* D'une multitude de croyants de tous les siècles*Nous offrons des hymnes de louange et de reconnaissance*Car empli de la grâce du Saint Esprit et du zèle de la foi*Tu protèges par ta sainte prière tous ceux qui s'écrient vers toi* Réjouis-toi saint Claude grand thaumaturge. 

Claude Lopez-Ginisty

(Cette vie fut publiée dans les années huitante dans la revue LE MESSAGER de l'Association Chrétienne des Etudiants Russes)
Livres consultés: 
Anonyme du XVIe siècle: Saint Clavde Archevesque de Befançon 6 juin. Petits Bollandistes, Tome sixième, page 474. Butler, Vie des Saints, Tome 5, page 23.
La meilleure vie de saint Claude reste celle publiée anonymement au XIXe siècle à Besançon dans le volume II des Vie des Saints de Franche-Ccrmté, consacré aux saints évêques. 

Fin & Gloire à notre Dieu!